Disparus

Hommage à Bobby White

Il a marché parmi les rois et les vagabonds

Bob White 1935-2016

Pendant de nombreuses années, Bob White a clamé un message haut et fort : « Lorsque je mourrai… dites-leur de m’enterrer le visage vers le bas pour qu’ils puissent m’embrasser le derrière. »

Son irrévérence le protégeait d’une société ou l’injustice et l’aliénation sont monnaie courante.

Mais Bob (Robert) White n’allait pas devenir une victime à Montréal, ville qui l’a vu naître et grandir dans une maison où le don faisait partie intégrante du quotidien.

Il a arpenté les rues parmi les rois et les vagabonds et, à travers ses déambulations, il s’est forgé une vie qui lui a permis de laisser sa marque dans cette ville et de la faire sienne. Parmi tout ceux qui ont croisé sa route de son vivant, plusieurs se remémoreront cet être remarquable pour son dévouement pour les sans-abri, sa grande gentillesse et de son savoir encyclopédique.

Au cours de ses années à Montréal ou dans sa périphérie, Bob s’est fait connaître en aidant des dizaines d’athlètes étudiants à tirer le meilleur de leurs études et à exceller au football et au basketball, tant au Canada que dans les universités et les collèges américains. Plusieurs d’entre eux ont continué par la suite à exceller dans leurs carrières professionnelles. Des centaines d’autres Montréalais, qui ont profité d’une façon ou d’une autre de la générosité sans bornes de Bob, se rappellent encore comment il les a aidés à changer leurs vies. Tous les enfants qui ont grandi dans les quartiers défavorisés dans les environs de Saint-Henri-La Petite-Bourgogne témoigneront de leur gratitude pour le soutien offert par Bob White et la West End Sports Association qu’il a fondée en 1974.

Il affectionnait particulièrement les athlètes étudiants, parce qu’il constatait que le sport est une façon de s’améliorer. Jamais, donc, il ne ratait une chance d’aider financièrement le plus de gens possible, de servir de mentor ou encore de guide.

Sa capacité de venir en aide à son prochain s’est développée à partir du réseau complexe qu’il a su construire à partir des gens qu’il a rencontrés et des ressources accumulées au cours de sa vie dans cette ville. Il était tout aussi à l’aise dans les milieux des affaires, de la politique, du sport professionnel et des médias, où il n’hésitait pas à demander des faveurs à des chefs d’entreprises, des politiciens et des sportifs professionnels, tous heureux d’offrir un coup de main à « Whitey ».

Bob White était politisé. Au début des années 80, sur le campus de l’Université Concordia, il a apporté un soutien indéfectible au mouvement anti-apartheid s’opposant au gouvernement sud-africain et appelant au désinvestissement.

On peut dire qu’aucun Montréalais n’avait un réseau aussi étendu que celui de Bob White. Ses relations dans les ligues majeures de baseball et de basketball étaient très développées tout comme celles avec l’administration de plusieurs collèges et universités américains importants. À l’époque, aucun entraîneur ou figure sportive importante ne passait par Montréal sans entrer en contact avec lui. Il avait des histoires à raconter sur des stars telles que Jackie Robinson, Muhammad Ali, Johnny Rodgers, John Carlos, Nate Archibald, Bill Cosby, Harry Belafonte, Lou Gossett et plusieurs autres. Rares étaient ceux qui ne répondaient pas favorablement à ses demandes d’aide pour les nombreuses causes qui lui tenaient à cœur ici, à Montréal.

Le succès n’a pas toujours été au rendez-vous pour Bobby, mais il n’a jamais abandonné, surtout autour de la période des fêtes où il récupérait de gigantesques cargaisons de nourriture, de vêtements et d’autres biens utiles qui étaient redistribués dans les maisons des plus démunis à travers la ville.

Dans sa jeunesse, Bob White était un nageur hors pair et un membre des équipes de natation et de waterpolo du YMCA, un privilège rarement accordé aux Noirs à cette époque. Ses talents de nageur lui ont permis de devenir directeur de centre aquatique au YMCA de Harlem à New York. Il se plaisait à parler du temps passé dans cette ville et de son contact avec le mouvement des droits civiques ainsi que des discours prononcés par des figures importantes comme Malcom X et de ce qu’il a appris de ces grands.

C’est pourquoi il a ramené des influences du mouvement pour la lutte des droits civiques à Montréal où on n’a jamais vu une cause défendue par des Noirs à laquelle il n’adhérait pas. Ce faisant, il est cependant toujours resté sensible à la bonté et de la gentillesse des gens de toutes les races et de toutes les cultures.

Le lien entre Bob et la communauté s’est resserré lorsqu’il s’est mis à écrire pour la publication bihebdomadaire Montreal Community Contact au début des années 2000 en tant qu’un de ses chroniqueurs les plus influents. Son influence était telle que, lorsqu’il s’est éteint le 4 novembre 2016, à 83 ans, à la suite d’un anévrisme majeur, un nombre important de lecteurs sont venus offrir le même témoignage : « Je n’ai jamais connu Bob White, mais j’avais l’impression de le connaître par ses chroniques. C’était la première chose que je lisais dans le Contact. »

L’impact de Bob (Robert) White sur les Montréalais et les Montréalaises est immense. C’était un Montréalais (noir) unique qui a donné beaucoup sans trop demander en retour.

 

Rédigé par Egbert Gaye