Faits marquants

375e : De Mathieu Da Costa à aujourd’hui

Ici pour rester, Ici pour durer/

Here we stand, Here we stay/                                          

De Mathieu Da Costa à aujourd’hui

375 ans à Montréal.

 

“In solidarity with our city”           “En solidarité avec notre ville”

Dès les débuts de la colonie du Bas-Canada, des esclaves noirs furent acheminés à Montréal. Cet épisode de notre histoire collective illustre que les étapes pour arriver à l’affranchissement des êtres humains de race noire furent jalonnées de souffrance et de violence physique, psychologique et mentale inouïe. Cette longue marche vers le progrès et la réussite collective et individuelle des Noirs qui durent mener des luttes colossales pour surmonter le racisme a encore des répercussions jusqu’à nos jours.

Faire le lien entre la venue des Noirs au Québec et la lutte pour l’affranchissement des Noirs, plus spécifiquement à Montréal, mais également partout dans le monde occidental est un exercice particulièrement ardu, car leur histoire est souvent amputée de la documentation nécessaire à la reconstitution de faits propres à certaines époques. Il est évident que les Noirs ont été présents dans la colonie lors de moments difficiles de la création de ce pays. Cependant, le fait que les Noirs, amenés ici par leurs maîtres, aient été vendus en plus petit nombre qu’ailleurs ne rendait pas l’esclavage aussi flagrant et reléguait cette problématique au rang des priorités de second ordre pour le développement de la ville et de ses environs. À cause de cette inaction, on peut dire que l’émancipation réelle des Noirs fut lente à s’améliorer et à s’organiser.

Les années 1834 à nos jours connurent les mêmes embûches stéréotypées que partout ailleurs dans les Amériques où les Noirs, qu’ils aient été réduits au rang de servitude complète ou qu’ils soient parvenus à s’affranchir, furent marqués généralement par une vie courte, pauvre et ardue. Il est clair que notre passage fut pendant trop longtemps régi par des lois sur la propriété où le Noir était considéré comme un bien matériel et sujet à des normes extrêmement discriminatoires et à des châtiments barbares où la torture fut même employée. On peut cependant affirmer que la vie des Noirs fut intimement liée à celle des riches propriétaires d’esclaves, d’un côté, et à celle des hommes de loi et des politiciens de l’époque, de l’autre, et que les abolitionnistes voyaient cette pratique comme une action inhumaine. La conscience morale reconnaît le Noir comme l’égal de tous les autres même si le clergé catholique s’abstint de prendre part au débat.

Parmi les Noirs qui marquèrent l’histoire de ce pays, on peut citer plusieurs noms : Mathieu Da Costa, interprète et explorateur noir, voyagea avec Samuel de Champlain et Pierre de Gua Monts. De son côté, Olivier Le jeune fut le premier Noir à être recensé comme esclave. Marie-Josèphe Angélique fut, quant à elle, accusée de l’incendie qui détruisit le tiers de Montréal, dont l’Hôtel-Dieu et 46 maisons, en 1734. Torturée et condamnée à mort, elle est pendue sur les lieux de l’incendie. Les loyalistes arrivèrent avec leurs esclaves noirs, des Noirs libres ont circulé sur notre territoire dès le milieu du 18e siècle.

Toutefois, ce n’est que vers 1897, moment où les entreprises de chemin de fer embauchent des Noirs canadiens et américains, que la communauté noire s’agrandit réellement. Étant donné l’emplacement de leur lieu de travail, dans le coin Peel, le quartier se développe autour de la rue Saint-Antoine (aujourd’hui la Petite Bourgogne), ce qui amène la création du Club des femmes de couleur en 1902 suivi en 1907 de l’Église Unie Union. En 1917, l’University Negro Improvement Association est créée et, en 1927, ce sera au tour du Centre communautaire des Noirs (NCC – Centre culturel Charles H. Este), dont la première campagne de souscription en 1927 est appuyée par le maire Médéric Martin. On comprend mieux l’apport d’Oscar Peterson et d’Oliver Jones au jazz dans ce contexte de la période des années 1920-1950 où Montréal est considérée comme l’une des scènes de jazz incontournables dans le circuit des grandes villes nord-américaines. Les Count Basie, Duke Ellington et autres grands noms se produisent dans les clubs les plus réputés de Montréal comme le Rockhead’s paradise ou le Café Saint-Michel. À partir de la Révolution tranquille, la répartition et la configuration de la communauté bouge entre autres à cause du Programme de travail ouvert aux femmes noires antillaises entre 1955-1965.

Au printemps 1968, six étudiants noirs d’origine antillaise de l’Université Concordia à Montréal accusent de racisme un chargé de cours de biologie. Selon la plainte qu’ils déposèrent, le professeur attribuait des échecs aux étudiants noirs, sans se soucier de la qualité de leur travail. S’ensuivit ce qui sera connu comme l’émeute de Sir George Williams. Plus tard, l’arrivée des immigrants haïtiens et par la suite des Noirs de tous les pays africains a contribué à offrir une vitrine universelle aux points de vue multiples sur la vie montréalaise au cours des 375 années de son existence. La communauté noire de Montréal compte plus de 200 000 membres actifs dans de nombreuses sphères d’activité de la cité.

Pour nos sacrifices, notre résilience, notre vitalité, notre énergie, nous restons solidaires de cette ville unique au monde. Nous levons notre verre à Montréal, ville du « vivre ensemble ».