Photo Maya Makonnen

 

Airbnb et Airbnb Juntos présente Abondance Noire

Par Vanessa Destiné

En 2020, on pourrait presque dire que le mois de l’histoire des Noirs se passe de présentation puisque c’est l’Amérique tout entière qui vibre au rythme de nos souvenirs et de nos expériences. Pour nous, cette multitude d’occasions de se raconter revêt une signification particulière : elle est synonyme d’abondance.

 

L’Histoire nous a laissé avec l’impression que l’abondance était un concept hors de la  portée des communautés noires d’ici et d’ailleurs. Or, nous croyons fermement qu’il est au cœur de notre identité et qu’il est temps, pour les nouvelles générations, de se le réapproprier. C’est dans cette optique que nous avons demandé à quatre jeunes afro-descendants de différents horizons de partager leur vision de l’abondance. Voici celle de Maya Makonnen.

« J’ai de l’amour en abondance, du soutien de ma famille en abondance. » Pour Maya, l’abondance réside dans la simplicité : c’est la richesse que l’on trouve autour de soi, dans les valeurs d’une famille tissée serrée. La jeune femme de 21 ans a grandi dans une famille rastafarienne, un mouvement qui prône la paix, le respect de la nature et la répartition équitable des richesses. Le mouvement rastafari, popularisé en Occident par le mythique chanteur Bob Marley, est ancré dans un profond rejet de l’esclavage; il appelle à briser les chaînes qui briment les corps, mais aussi celles qui briment les esprits.

C’est une culture forte que les parents de Maya, originaires de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, ont ramenée avec eux ici, au Canada. La jeune femme est très attachée à cet héritage culturel particulier qui lui a permis d’affirmer haut et fort son identité dès son plus jeune âge.  « Je n’ai jamais célébré le mois de l’histoire des Noirs, parce que l’histoire des Noirs chez nous, dans les Caraïbes, c’était partout, tout le temps », explique-t-elle en guise d’exemple.

« Pour moi c’est drôle de m’exprimer dans le cadre de ce projet visant à célébrer l’abondance noire, parce que c’est tout naturel là d’où je viens, J’ai grandi au rythme des chants nyabinghi [chants accompagnés de percussion qui s’inscrivent dans une démarche décoloniale, ndlr]…mais voilà en Amérique du Nord la mentalité noire ne s’exprime pas de la même façon parce que nous sommes minoritaires. »

Elle souligne au passage que son affiliation au mouvement rastafari, qui est banal à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, lui a valu des commentaires désobligeants au sein de la communauté noire d’ici. C’est avant tout de l’incompréhension, précise-t-elle, en évoquant notamment les commentaires sur ses cheveux coiffés en dreadlocks, un style capillaire qui ne fait pas l’unanimité auprès des Noirs et qui ouvre la porte à la discrimination dans le reste de la société.

Maya s’estime heureuse d’avoir évolué au sein d’une famille qui l’a toujours encouragée à cultiver son individualité. « Qu’il soit question de mon amour de la mode, des sneakers — ceux qui me connaissent savent que je les collectionne — des mangas et des anime, mes photos artistiques sur les réseaux sociaux, ils me soutiennent », raconte-t-elle.

Maya entretient également une grande passion pour l’art avec une fibre engagée. « Une des personnes qui m’inspire le plus dans la vie, c’est Jean-Michel Basquiat. C’est un artiste afro-américain d’origine haïtienne et portoricaine qui plaçait des éléments de justice sociale à travers ses œuvres. »

« C’est une histoire riche, à l’image de la nôtre. J’étudie en histoire de l’art et des fois j’aimerais tellement qu’on se rappelle que notre histoire ne se limite pas à l’esclavage. Notre histoire commence avec la science, elle est parsemée d’art, de découvertes » énumère-t-elle avant de conclure que la communauté noire est plus prospère qu’elle ne le croit.

« On ne célèbre pas le mois de l’histoire des Noirs là d’où je viens. »

Credits
Webseries
Director: Alejandra Carranza
Assistant director: Johnny Keo
Graphic Designer: Niti Marcelle Mueth

Photographic series
Photographer: Jessie Emile
Art Direction (DA): Hanna Che, Harry Julmice
Coordinators: Samara Carbajal - Grecia Palomino

Texts: Vanessa Destiné
Make-up artist: Marie-Brenda Barthélémy

A series imagined and directed by Never Was Average