Photo Djamilla Touré

Airbnb et Airbnb Juntos présente Abondance Noire

Par Vanessa Destiné

En 2020, on pourrait presque dire que le mois de l’histoire des Noirs se passe de présentation puisque c’est l’Amérique tout entière qui vibre au rythme de nos souvenirs et de nos expériences. Pour nous, cette multitude d’occasions de se raconter revêt une signification particulière : elle est synonyme d’abondance.

L’Histoire nous a laissé avec l’impression que l’abondance était un concept hors de la  portée des communautés noires d’ici et d’ailleurs. Or, nous croyons fermement qu’il est au cœur de notre identité et qu’il est temps, pour les nouvelles générations, de se le réapproprier. C’est dans cette optique que nous avons demandé à quatre jeunes afro-descendants de différents horizons de partager leur vision de l’abondance. Voici celle de Djamilla Touré.

Nom/Âge/Occupation

Djamilla Touré, 23 ans, gestionnaire de projets en autonomisation des femmes immigrantes et mannequin

« Je m’identifie à un fruit, un fruit de la diaspora africaine. » Cette jolie métaphore, c’est un peu la carte de visite de Djamilla. La jeune femme, qui est originaire de la Côte-d’Ivoire, a partagé la première moitié de sa vie entre le Maroc et la France avant d’atterrir à Montréal, il y a cinq ans.

« J’ai grandi dans un melting-pot culturel et je n’arriverais pas à savoir à quel groupe j’appartenais exactement. Est-ce que j’étais Ivoirienne, est-ce que j’étais Française ou Marocaine? », raconte la Montréalaise d’adoption.

« L’identité, c’est pas juste ce que tu as à l’intérieur de toi. La mélanine, la couleur de peau, la manière dont les médias te perçoivent… ça m’a pris du temps être confortable dans cette expression de fruit de la diaspora africaine, mais aussi dans ma peau », précise-t-elle.

Djamilla est toutefois parvenue à réconcilier les multiples facettes de son identité à force d’introspection et de remises en question. De ce processus parfois douloureux est née une forme d’acceptation des côtés moins reluisants de son bagage culturel comme le colorisme, une forme de discrimination basée sur la couleur de peau, qui est très répandue au sein des communautés culturelles. Elle a aussi dû apprendre à faire la paix avec les épisodes de racisme vécus au Maroc où le sentiment anti-noir est très présent, mais peu discuté.

Parce qu’elle a longtemps été dans un environnement homogène où la majorité des personnes autour d’elle étaient noires, Djamilla ne ressentait pas le besoin de célébrer sa négritude. Elle prend l’exemple du mois de l’histoire des Noirs qui est largement célébré en Amérique du Nord et au Royaume-Uni, mais qui ne suscite que peu d’intérêt en Afrique. « C’est parce que le mois de l’histoire des Noirs ça se passe à tous les jours sur le continent! », s’exclame-t-elle.

« Je me suis toujours identifiée au fait d’être Africaine, à la langue parlée par mon ethnie, à sa culture. C’est seulement en arrivant à Montréal en voyant tous les mouvements qu’il y avait autour de la couleur de la peau que je me suis demandé comment je pouvais me connecter à tout ça. C’est dans le regard des autres que j’ai compris que j’étais noire. À ce moment-là je me suis dit ‘’hold up’’, je ne suis pas QUE noire, mais je suis fière d’être noire. »

La connexion à ses frères et sœurs de couleur s’est faite tout naturellement par la suite. La jeune femme croit qu’elle été facilitée par le fait que les communautés noires collaborent plus que jamais entre elles, déterminées à faire front commun sur les enjeux les concernant et à transmettre leur héritage.

Ce dernier élément résonne particulièrement auprès de Djamilla qui le au cœur de la vision de sa place dans la société. « Tout ce que je fais, je le fais pour les femmes qui m’ont précédée et pour celles qui viendront  », lance-t-elle.

« Actuellement, on chérit énormément notre histoire, notre culture. C’est quelque chose qu’il faut passer aux générations suivantes. Il faut saisir cette effervescence et ce processus de reconstruction de nos identités puis penser à ceux qui viendront après nous et à ce qu’on peut leur léguer. »

Credits
Webseries
Director: Alejandra Carranza
Assistant director: Johnny Keo
Graphic Designer: Niti Marcelle Mueth

Photographic series
Photographer: Jessie Emile
Art Direction (DA): Hanna Che, Harry Julmice
Coordinators: Samara Carbajal - Grecia Palomino

Texts: Vanessa Destiné
Make-up artist: Marie-Brenda Barthélémy

A series imagined and directed by Never Was Average