Photo Akeem Johnson Pierre

Airbnb et Airbnb Juntos présente Abondance Noire

Par Vanessa Destiné

En 2020, on pourrait presque dire que le mois de l’histoire des Noirs se passe de présentation puisque c’est l’Amérique tout entière qui vibre au rythme de nos souvenirs et de nos expériences. Pour nous, cette multitude d’occasions de se raconter revêt une signification particulière : elle est synonyme d’abondance.

L’Histoire nous a laissé avec l’impression que l’abondance était un concept hors de la  portée des communautés noires d’ici et d’ailleurs. Or, nous croyons fermement qu’il est au cœur de notre identité et qu’il est temps, pour les nouvelles générations, de se le réapproprier. C’est dans cette optique que nous avons demandé à quatre jeunes afro-descendants de différents horizons de partager leur vision de l’abondance. Voici celle d’Akeem Johnson Pierre.

Nom/Âge/Occupation

Akeem Johnson Pierre, 30 ans, responsable marketing, musicien et animateur d’un podcast

« L’union fait la force ». La devise d’Haïti est presque devenue un mantra quotidien pour Akeem Johnson Pierre depuis qu’il l’a entendue récemment, non pas chez lui, auprès de ses parents haïtiens et jamaïcains, mais dans une émission de télé.

« J’écoutais un show sur Netflix ou Amazon et dans une scène il y avait des personnages haïtiens qui criaient : « L’union fait la force ». C’était avec une telle intensité…ça a résonné, dans l’épisode évidemment, mais aussi en moi. C’est plus tard que j’ai réalisé que cette phrase figurait sur le drapeau haïtien et là, ça a pris tout son sens », raconte-t-il.

Akeem évoque une véritable épiphanie qui lui a permis de réaliser que malgré les distances, les divisions et les blessures de l’histoire, le peuple noir ne formait qu’un. « Trop souvent quand il est question de notre histoire, on parle d’esclavage ou de Rosa Parks et du mouvement pour les droits civiques. J’aimerais tellement qu’on explore plus et qu’on se rappelle que notre histoire ne commence pas avec l’esclavage, qu’on a un passé digne de Wakanda [En référence à l’univers de Black Panther, personnage de Marvel, NDLR] dans une Afrique libre et prospère », souligne-t-il.

Étrangement, ce n’était pas la première fois que la télévision lui offrait une vitrine aussi significative et formatrice sur l’expérience noire. Akeem se souvient de l’époque où il découvrait avec fascination la musique hip-hop par l’entremise de BET, une chaîne de télé consacrée à la culture afro-américaine.

« On n’avait pas le poste chez nous, mais ma grand-mère l’avait. Chaque fois que j’allais chez elle, j’ouvrais la télé et j’écoutais BET. C’était quelque chose de tellement fort pour moi de voir autant de personnes noires à l’écran alors que je ne me voyais jamais représenté dans la télé normale », explique-t-il. « Il n’y avait pas de représentation de mon milieu. »

Ce milieu, c’était l’arrondissement Saint-Laurent, bien connu pour son caractère multiethnique. L’effervescence du quartier a largement contribué à la construction de l’identité d’Akeem. Le grand gaillard se plaît à évoquer les influences de ses amis issus des quatre coins de la planète. « Ça se faisait naturellement, je n’essayais pas de devenir un type de personne spécifique. Je me laissais simplement porté par les trucs que j’aimais chez eux », raconte-t-il.

Parmi ces « trucs », on compte la natation. « C’est drôle parce que justement, dans les médias américains dans lesquels je m’abreuvais, les jeunes noirs comme moi jouaient tous au basket. Pourtant je n’ai jamais eu d’intérêt pour ce sport. Je me suis plutôt laissé influencé par mes amis et l’intérêt qu’ils portaient au plongeon ou encore au water-polo », confie-t-il.

Des intérêts qui peuvent sembler inhabituels pour un gars qui se dit s’inspirer du hip-hop et de la culture urbaine. Akeem les défend pourtant férocement en rappelant que les Noirs n’ont pas à être limités dans leurs choix d’activités, de passe-temps ou de passions pour correspondre à une image précise.

C’est une des définitions de l’abondance, avance-t-il en ajoutant que les Noirs devraient avoir l’audace et le courage d’investir les espaces qui n’ont pas l’air pensés pour eux. « L’abondance, c’est quand on est plusieurs dans un même endroit, c’est quand on n’est plus le seul noir ou qu’on ne s’attend plus à être le seul noir dans la pièce », dit-il.

« [Investir ces espaces] ce n’est pas seulement bénéfique pour nous : ça l’est pour toute la société. Des choses extraordinaires se produisent quand on converge ensemble. Nous devrions toujours penser à prendre de la place, à réclamer notre place et à nous unir. »

Propos traduits de l’anglais

Credits
Webseries
Director: Alejandra Carranza
Assistant director: Johnny Keo
Graphic Designer: Niti Marcelle Mueth

Photographic series
Photographer: Jessie Emile
Art Direction (DA): Hanna Che, Harry Julmice
Coordinators: Samara Carbajal - Grecia Palomino

Texts: Vanessa Destiné
Make-up artist: Marie-Brenda Barthélémy

A series imagined and directed by Never Was Average