Photo Ariel Flores

Airbnb et Airbnb Juntos présente Abondance Noire

Par Vanessa Destiné

En 2020, on pourrait presque dire que le mois de l’histoire des Noirs se passe de présentation puisque c’est l’Amérique tout entière qui vibre au rythme de nos souvenirs et de nos expériences. Cette multitude d’occasions de se raconter revêt d’ailleurs pour nous une signification particulière : elle est synonyme d’abondance.

L’Histoire nous a laissé avec l’impression que l’abondance était un concept hors de la  portée des communautés noires d’ici et d’ailleurs. Or, nous croyons fermement qu’il est au cœur de notre identité et qu’il est temps, pour les nouvelles générations, de se le réapproprier. C’est dans cette optique que nous avons demandé à quatre jeunes afro-descendants de différents horizons de partager leur vision de l’abondance. Voici celle d’Ariel Leon Flores.

Nom/Âge/Occupation

Ariel Leon Flores, 31 ans, « Villa specialist » chez Airbnb

« Mon identité a toujours été un peu dure…à identifier », lâche, sourire en coin, Ariel Leon Flores en se remémorant ses premières années passées au Canada. Originaire de la République dominicaine, celui qui se décrit comme un afro-latino est arrivé au pays à l’âge de sept ans dans un petit bled éloigné des grands centres urbains. Très vite, il a été frappé par l’absence de diversité autour de lui.  « Je n’étais pas exposé à des personnes de couleur, à des personnes comme moi. C’est la première fois de ma vie que je réalisais que j’étais différent », relate-t-il. Difficile à croire, mais sa peau légèrement basanée aux accents dorés faisait de lui la personne la plus foncée de son village.

Ariel était loin de se douter qu’il vivrait un autre grand choc culturel en arrivant dans une ville cosmopolite comme Montréal. « Durant mes premières années de vie au Canada, j’étais considéré comme noir, mais en arrivant à Montréal, je n’étais plus noir. J’étais latino. À partir de là, ça a été comme ça : pas assez noir pour les Noirs et pas assez latino pour les Latinos », regrette-t-il.

Le bagage identitaire d’Ariel a longtemps été défini par le regard des autres, le forçant à vivre comme s’il devait choisir un camp plutôt que de laisser les multiples facettes de son identité cohabiter en paix.

« Ça m’a obligé à faire face aux différents aspects de ma culture, aux challenges différents qu’on vit quand on est afro-descendant ou quand on est ‘’hispano’’. Aujourd’hui, je suis qui je suis. Je ne m’excuse plus de la façon dont j’ai grandi, de ma culture, de mes croyances, de l’endroit d’où je viens », raconte-t-il.

D’une certaine façon, le conflit intérieur qui l’a habité durant de nombreuses années a agi comme un catalyseur, lui permettant de redécouvrir toute la richesse de son héritage culturel. « J’ai une culture qui est abondante, j’ai une histoire qui est abondante. J’ai une nourriture abondante d’épices, de saveurs, j’ai une vie abondante de passions, même dans la danse, la musique, on sent cette abondance », énumère-t-il avec enthousiasme. « Du point de vue personnel et communautaire, je peux dire qu’on baigne dans une abondance qu’on n’apprécie pas toujours [à sa juste valeur]. »

Influencé par son père médecin, Ariel se dit également très inspiré par les inventeurs afro-descendants qui ont laissé leurs marques dans le domaine de la science.

« Il y a tellement de figures importantes…par exemple, les transfusions sanguines ont été révolutionnées par un homme noir, le docteur Charles R. Drew. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, dans un monde qui le traitait comme s’il ne faisait pas partie de la société, qui le traitait comme s’il n’accomplirait jamais rien de sérieux, il sauvait des vies. Il a fait face à l’adversité comme ça », souligne-t-il avec une certaine gravité dans la voix.

« Il y a toutes sortes de contributions qu’on a apportées à la vie de tous les jours qui sont malheureusement oubliées. »

Pour le jeune homme, la meilleure façon de saisir l’étendue de ces contributions est de miser sur l’alliance entre les différentes communautés noires. « On vient tous du même passé. Le fait que notre background [moderne] n’est pas nécessairement le même et le fait que notre bagage n’est pas nécessairement le même, ne devraient pas nous faire croire que certaines personnes sont ‘’plus noires’’ que d’autres », rappelle-t-il.

Ariel se dit également soucieux des stéréotypes qui minent notre intégration dans le reste de la société. Selon lui, il faut apprendre à s’affranchir du regard des autres, qui nous cantonne dans des rôles bien précis, « afin de devenir maîtres de notre propre destin ». Un plaidoyer qui n’est pas sans rappeler son propre cheminement identitaire.

« Notre communauté doit se tenir ensemble et doit s’aider. We need to uplift each other! C’est ce qui va nous aider à créer et maintenir de l’abondance », conclut-il, confiant.

Crédits
Webséries
Réalisatrice: Alejandra Carranza
Assistant à la réalisation: Johnny Keo
Designer graphique: Niti Marcelle Mueth

Série photographique
Photographe: Jessie Emile
Direction artistique (DA): Hanna Che, Harry Julmice
Coordonnatrices: Samara Carbajal - Grecia Palomino

Textes: Vanessa Destiné
Artiste maquilleuse: Marie-Brenda Barthélémy

Une série imaginée et réalisée par Never Was Average