appropriation culturelle

Par Carla Beauvais

J’ai flanché, j’ai lu le texte de Denise Bombardier intitulé Le Déclin des Blancs.  On y lit : « L’immigration, première explication de la révolte des Blancs défavorisés. Selon des projections démographiques, les Blancs seront en 2050 une « majorité minorité » aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et au Canada. C’est le constat brutal que fait Eric Kaufmann… » Brutal est le mot qu’elle a choisi pour exprimer les changements démographiques qui s’opèrent dans nos sociétés. Mais Bombardier est une femme qui a le privilège de propager des discours alarmistes cultivant la peur dans le journal le plus lu au Québec.

Impossible de passer sous silence la polémique de l’humoriste caucasien avec des dreads qui s’est vu refuser le droit de présenter son spectacle dans un bar. Il fallait bien cela pour remettre le débat de l’appropriation culturelle au premier plan. Tous les grands médias ont repris la nouvelle et crier au scandale. Intéressant d’observer que certains médias au Québec ont le réflexe de discuter de l’épineux sujet de l’appropriation culturelle uniquement quand cela fait sensation. Je suis contre cette décision de la COOP des Récoltes et je la trouve regrettable. Se doter d’une politique pour encadrer l’appropriation culturelle peut être nécessaire, mais il ne faut pas la confondre à tord avec l’appréciation ou l’échange culturel. Il faut faire preuve de gros bon sens dans son application pour éviter les dérives et la récupération. Il faut surtout réfléchir avec le coeur par moment.

Mais une question se pose : Comment se fait-il qu’on donne de l’importance au débat entourant l’appropriation culturelle ou le racisme systémique uniquement quand cela a pour résultat de minimiser ou discréditer les groupes dits minoritaires ? Pourquoi ne peut-on pas aborder ces sujets de manière proactive, sans émotion, avec curiosité et intelligence dans un désir sincère de rapprochement. Où était l’indignation généralisée quand Andrew Johnson ce jeune lutteur s’est fait imposer de couper ses dreads ou déclarer forfait lors d’un combat. Où était l’hystérie collective quand Lettia McNickle, un serveuse chez Madison, s’est fait renvoyer chez elle en raison des tresses qu’elle arborait. Et tous ces jeunes qui se font virer de leurs écoles en raison de leur coiffure jugée inadéquate, car revendiquant leur héritage culturel, pourquoi ne font-ils par la une ? Pourquoi le profilage racial, phénomène documenté, ne soulève pas autant de passion ? Ces histoires ne vendent pas. Mais un Blanc qui se fait refuser l’accès à un spectacle au nom de l’appropriation culturelle, ça c’est de la nouvelle ! Et c’est aussi très hypocrite !

Autour des débats entourant les questions d’identité, il est grand temps de prendre nos responsabilités. De réaliser que les dérapages et le refus d’aborder ces sujets en profondeur participent à effriter notre tissu social. Que de sonder l’opinion des personnes marginalisées uniquement pour les instrumentaliser et les ridiculiser n’a pas sa place dans nos médias. Que de continuer à légitimer certains discours avec seul intérêt leur coût par clic nous mène droit vers l’abîme. Les dynamiques dominés/dominants existent depuis toujours. Refuser de l’admettre nous empêche de reconnaître les torts passés qui permettrait de panser les blessures actuelles. Au banc des accusés siège cette humanité qui refuse de se parler et de se comprendre. A ce rythme, il n’y aura que des perdants.

Crédits photo : Le Devoir