Souvenons-nous de l’émeute au centre informatique de Concordia

Auteur : Théâtre Tableau D’Hôte

En avril 1968, un groupe de six étudiantes et étudiants d'origine antillaise du cours Zoologie 431 de l'Université Sir George Williams (de nos jours l’Université Concordia) réalisent que leur professeur, un dénommé Perry Anderson, fait preuve de racisme lorsqu’il note les travaux de ses élèves. Pour en arriver à cette conclusion, les élèves ont fait copier leurs travaux par des collègues de classe d’origine caucasienne pour voir si leur professeur noterait un même travail différemment selon qu’il avait été soumis par un Blanc ou un Noir. Les résultats de l’expérience démontrèrent que tandis que les étudiants blancs avaient des notes supérieures, ceux d’origine antillaise n’obtenaient que de justesse la note de passage.

Le groupe décida alors de porter plainte auprès de l’administration, lui soumettant treize griefs, dont trois de nature raciale. Sur le coup, l’administration semble à l’écoute de leurs doléances, leur promettant une réponse, mais celle-ci ne vient jamais.

Les étudiants quittent le campus pour la période estivale pour réaliser, à leur retour, que non seulement Perry Anderson enseigne toujours à la faculté, mais qu’il a en plus été promu au poste de professeur adjoint. Mécontents que l’administration n’ait pas donné suite à leur plainte; inquiets pour leurs notes et pour leur avenir; les étudiants décident de relancer l’administration pour l’inciter à revenir sur sa décision. En novembre, près de sept mois après le dépôt de la plainte initiale, l’administration accepte enfin de reconsidérer le dossier.

Peu de temps après, on annonçait que des « étudiants noirs » avaient fait irruption dans le bureau du directeur en exigeant la démission immédiate du professeur Anderson. Après de longues négociations, les étudiants et l’administration ont finalement convenu de la création d’un comité de cinq personnes d’origines diverses. Toutefois, à la demande de l’administration, la tenue d’une nouvelle audience n’aurait lieu que si les étudiants formulaient leurs requêtes par écrit. La réponse des étudiantes et étudiants se résuma à un seul mot : racisme; un constat lourd de conséquences pour Anderson, l’administration et l’Université. Le professeur Anderson demanda alors un congé sans solde que l’Université lui accorda sans discuter.

À partir du moment où, dans une lettre adressée à Anderson, un des cadres supérieurs encourage le professeur à demeurer en congé sous prétexte que son retour présenterait des « risques de violence », la tension monte rapidement. Les étudiants outrés se présentent au bureau du cadre supérieur pour lui demander des comptes sur son choix de mots. Cette intervention vaudra plus tard aux étudiants d’être accusés de kidnapping.

Après la dissolution du comité mis en place par l’administration et les étudiants, l’Université prend la décision unilatérale de former un autre comité que les étudiants s’empressent de déclarer illégal et illégitime.

Forts de leur profonde indignation envers l'administration et le cafouillage entourant le traitement de leur dossier, en plus des accusations criminelles pesant sur leurs collègues de classe, les étudiants perturbent les travaux du comité et se mettent à occuper le centre informatique de l’Université.

Durant l’occupation d’une durée de deux semaines à laquelle des centaines d’étudiantes et d’étudiants participeront, des négociations se tiendront en présence des administrateurs. Mais lorsque l’entente relative à la fin de l’occupation fut rompue, les autorités demandèrent l’intervention de la police antiémeute, ce qui a causé des dommages considérables, dont un incendie possiblement d’origine volontaire, et mené à près d’une centaine d’arrestations.

Les émeutes du centre informatique de l’Université Sir George Williams sont généralement considérées comme un moment déterminant dans l’histoire des relations raciales au Canada. Ces émeutes constituèrent un premier pas vers l’adoption en 1971 d’une politique canadienne sur le multiculturalisme. Elles ont aussi motivé les administrations universitaires à se doter d’un Bureau de l’ombudsman afin d’offrir un traitement équitable des griefs déposés par les étudiants contre leurs professeurs.