Journaliste, professeur et auteur bermudien, Ernest Tucker s’est établi au Canada en 1948. Il a étudié à la Ryerson Institute of Technology de Toronto d’où il a obtenu son diplôme en 1954. Sa formation en journalisme télévisuel lui a permis d’exercer son métier d’abord à Toronto, puis à Montréal. Sa première tentative d’embauche à la CBC s’est soldée par un échec, un homme noir n’occupait pas ce type d’emploi à cette époque. Tucker a continué à frapper à la porte du diffuseur national jusqu’à ce qu’on l’embauche en 1961.

Le 22 novembre 1963, jour où le monde a perdu une partie de son innocence, Tucker est exclu d’un repas du midi au restaurant avec ses collègues. Il est seul dans la salle de rédaction de la CBC lorsque le bandeau déroulant du fil de presse se met à défiler frénétiquement à l’annonce de l’assassinat de John F. Kennedy. Jusqu’à ce point dans sa carrière, toutes les tâches les plus valorisantes de la salle de rédaction, pour lesquelles Tucker avait reçu une excellente formation, lui étaient rarement réservées. Il décide alors de saisir l’occasion pour préparer le topo et l’envoyer en onde. Il est devenu ainsi le premier journaliste — de surcroît un journaliste noir — à annoncer l’événement ici. Plusieurs heures après la diffusion, ses collègues lui en voulurent pour son moment de gloire, jusqu’à ce que sa rapidité d’action soit encensée auprès de la CBC. Tucker allait savourer ce sentiment grisant pour les années à venir. Cette histoire, il allait la raconter jusqu’à la fin de ses jours avec grand plaisir pour montrer à tous que lorsqu’une chance se présente, il faut s’en emparer.

Tucker a par la suite interviewé de nombreux politiciens, célébrités et autres personnes importantes, dont Josephine Baker, Louis Armstrong et les Beatles. Son amour du journalisme ne s’est toutefois pas arrêté à la CBC. De ses débuts en 1972 jusqu’à sa retraite en 2008, Tucker a enseigné le journalisme et la radio au département d’arts créatifs du Collège John Abbott tout en poursuivant sa carrière à la CBC. C’est à cette école que certains des plus brillants journalistes d’aujourd’hui seraient formés par ce maître. Tucker adorait raconter à ses étudiants ses nombreuses expériences et victoires dans la salle de rédaction. Il a encouragé des journalistes noirs, dont plusieurs combattent toujours les effets destructeurs du racisme et le manque d’opportunités, à persévérer malgré tout. Seuls quelques-uns parmi eux entendraient le récit de ses expériences douloureuses avec le racisme et l’isolement vécues au cours de sa carrière dans les médias du Québec, ou encore les impacts difficiles d’être le premier Noir engagé par la CBC. Tucker ne s’est jamais laissé abattre et il est plutôt devenu un exemple pour plusieurs personnes autour de lui. Il a même écrit trois romans Underworld Dwellers en 1994, Lost Boundaries en 2006 et Quo Fata Ferunt en 2019.

Ernest Tucker est décédé le 3 janvier 2019, et son épouse adorée des 60 dernières années, Jeanette Jarvis Tucker, le suivrait seulement quelques mois après sa mort. Deux de ses enfants, Micheal et Krista, sont morts avant lui. Ses filles Rebecca et Jasmin, et ses nombreux étudiants peuvent témoigner de son legs, de son esprit inoubliable et de ses multiples histoires sur sa brillante carrière dans le paysage médiatique canadien.

- Pat Dillon Moore